Les Yeux d’Anna : la violence scolaire s’invite au théâtre

Au Théâtre 13 Seine, les Yeux d’Anna nous plonge dans la mise en scène contemporaine de Cécile Tournesol sur le thème de la violence scolaire, à l’aide des mots de Luc Tartar. La pièce se déroule dans un grand cube. Des battants transparents permettent de remodeler l’espace pour se projeter à la fois dans une maison, sur le lieu de travail du père, ou encore dans le lycée professionnel de la fille Anna. Dans cet espace – à la fois ouvert et étouffant – on découvre l’histoire de cette famille à travers le prisme d’une journée qui va s’avérer particulière.

Tout commence par un mur de la maison vandalisé où l’on peut lire « sorcière du balai ». Cet événement interpelle Monique, cette mère au foyer qui s’inquiète depuis quelques temps de l’état de sa fille. En effet, après avoir feuilletée quelques pages du journal intime d’Anna, elle demande à son mari d’aller lui parler. Jean Tombe (car c’est son nom), n’y prête pas plus attention, lui qui traverse des difficultés dans son travail. Anna (comme Hannah dans la série13 Reasons Why)est absente pendant toute la pièce, enfermée dans sa chambre. L’angle d’attaque est focalisé sur les réactions de son entourage et non directement sur la principale concernée.

Photo de Fabienne Rappeneau.

Le fléau du harcèlement scolaire

Anna a deux particularités : elle a les yeux vairons et serait surdouée, ce qui fait d’elle la risée de son lycée. Elle devient victime de violences de la part des autres adolescents qui lui disent constamment de baisser le regard, ce qu’elle refuse de faire. Les autres élèves décident donc de lui arracher son piercing au nombril et de lui voler ses vêtements dans le vestiaire pour l’exhiber nue dans la cour. 800 paires d’yeux sont maintenant sur elle, on l’avait prévenu qu’il fallait qu’elle baisse les yeux. L’autre raison invoquée par les autres adolescents pour cette humiliation ? Son regard semble voler les âmes.

« Ici, de la violence scolaire et plus largement de  la  violence  sociale.  Une  violence  dans  laquelle  nous  baignons  tous,  à  laquelle  nous prenons part. Quelle joie d’avoir les mots d’un poète pour en  rire,  en  pleurer,  nous  lever  contre  et  ensemble. » explique Cécile Tournesol

La pièce commence par une atmosphère plutôt légère, notamment les quelques jeux de mots candides qui renvoient aux années du lycée. On ne pense pas avoir affaire à une pièce siétouffante que cela. Les battants transparents volent et donnent une sensation de liberté. Puis au fur et à mesure de la pièce, la pression sociale exercée dans ce lycée et les violences entre les élèves s’accumulent dans ce gros cube. On étouffe, on se sent mal à l’aise. La tension est palpable et il y a quelque chose de surnaturel, d’occulte même.

Mise en scène : Cécile Tournesol.

Texte : Luc Tartar.

Rachid : Tigran Mekhitarian ou Théo Askolovitch.

Clementin, Walter : Louka Meliava.

Monique : Céclie Mentrich.

Jean Tombe : Julien Muller.

Barbara : Cécile Tournesol.