L’inondation : le retour de Pommerat à l’Opéra

Un couple recueille dans leur appartement une adolescente suite au décès de son père. Après une inondation, la jeune fille disparaît mystérieusement… Tel est l’argument de la nouvelle de la nouvelle de Evgueni Zamiatine, L’Inondation, que Joël Pommerat adapte dans un livret original, après avoir repris trois de ses pièces en opéra. 

UNE SCÉNOGRAPHIE FIDÈLE AU RÉCIT ET AU STYLE DE POMMERAT 

L’action se déroule dans un immeuble présenté en coupe sur trois étages – au rez-de chaussée, un couple n’arrive pas à avoir d’enfants, au-dessus d’eux une famille et au dernier-étage l’appartement de l’adolescente et de son père. Cette disposition, en permettant à plusieurs actions de se dérouler en même temps, offre non seulement plusieurs points de vue au récit, mais un véritable contrepoint visuel aux dialogues et à la musique. Tout en étant au service de l’histoire, la scénographie reste fidèle à l’esthétique de Joël Pommerat. Au-delà du rapprochement que l’on peut faire avec David Lynch ou Roman Polanski, il y a profondément quelque chose de cinématographique dans son travail: ellipses, hors-champ, ralentis, jeux de lumières… 

LA MUSIQUE, UNE ATMOSPHÈRE DES SENTIMENTS 

Cette recherche formelle est en permanent dialogue avec la création de Francesco Filidei. À l’image du choix d’avoir dédoublé le personnage de la jeune fille: une comédienne (pour l’âge du personnage) et une chanteuse (pour sa voix) se partagent le rôle, ajoutant une couche d’ambiguïté. En un sens, ce dédoublement de la jeune fille est une illustration de la folie qui va gagner petit à petit la femme. C’est qu’il ne s’agit pas d’être réaliste (ou plutôt psychologique) mais de restituer une atmosphère: la chaleur, l’orage, le mystère … Ainsi l’orchestre figure les éléments (la pluie, le vent, jusqu’aux mouches), une manière d’habiter les silences, qui sont autant d’échos aux sentiments et aux tensions des personnages. 

Boris Grappe (l’Homme), Norma Nahoun (la Jeune Fille), Cypriane Gardin (la Jeune fille comédienne)

Le spectaculaire cotoît le quotidien, le trivial s’ajoute au lyrisme. Avec L’Inondation, Joël Pommerat poursuit et renouvelle son travail sur la suggestion, l’ambiance et ses non-dits. 

L’Inondation – FRANCESCO FILIDEI / JOËL POMMERAT

Direction musicale : Emilio Pomárico

Mise en scène : Joël Pommerat

Décors et lumières : Eric Soyer

Avec Chloé Briot, Boris Grappe, Norma Nahoun, Cypriane Gardin, Enguerrand de Hys, Yael Raanan-Vandor, Guilhem Terrail, Vincent Le Texier, des enfants de la Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique

Orchestre Philharmonique de Radio France