Lucrèce Borgia théâtre

Lucrèce Borgia : splendide mise en scène de Podalydès à la Comédie Française

Se rendre à la Comédie Française est toujours synonyme de fortes attentes quant à la qualité de la pièce. Elles n’ont pas été déçues avec « Lucrèce Borgia », mise en scène par le talentueux Denis Podalydès. Entrée au répertoire de la vénérable institution en 1918, cette oeuvre est considérée par George Sand comme « la plus puissante » de Victor Hugo. 

Lucrèce Borgia est un personnage historique que l’on pourrait penser prédestiné au théâtre. Appartenant à une des familles les plus détestées de la chrétienté pour sa cruauté et son impiété – notamment le patriarche, le pape Alexandre VI, connu pour ses moeurs dissolues, son népotisme et sa corruption -, elle ne sera pas en reste en développant une véritable légende noire autour de sa personne : empoisonneuse et incestueuse avec ses frères Giovanni et César.

Mais, c’est oublié que la pièce de Victor Hugo a activement contribué à l’élaboration de cette légende. L’auteur a fait de Lucrèce Borgia la personnalisation de l’immoralité. Les historiens tendent désormais à relativiser au profit de l’action de Lucrèce pour les arts et les lettres. Ils pointent notamment du doigt une époque injuste pour les femmes, encore plus pour les femmes de pouvoir, afin d’expliquer ce sombre aura

Le texte de Victor Hugo magnifié

Chaque élément de la mise en scène de Podalydès, épaulé par Eric Ruf à la scénographie, sert le propos de Victor Hugo : décors, lumières, mouvements des acteurs…  Le splendide travail des artistes qui incarnent le savoir-faire de la Comédie Française et sa valeur-ajoutée y est pour beaucoup : les lumières clairs-obscurs de Stéphanie Daniel et les fascinants costumes de Christian Lacroix. On soulignera également les performances exceptionnelles de Thierry Hancisse dans le rôle du perfide Gubetta et d’Eric Ruf dans celui du grand seigneur italien Don Alphonse d’Este.

Au-delà du débat sur la pertinence de la psychologie de Lucrèce Borgia du point de vue historique, on retiendra surtout ce qui fait toujours la force de cette pièce : la quête d’identité des personnages.

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