Provoke, la contre-culture japonaise des années soixante


On franchit les portes de l’exposition Provoke au BAL. Il est midi. Espace sombre qui révèle instantanément la lumière des œuvres. Légères senteurs de Bento tout chaud qui caressent nos sens. C’est le pop-up Peco Peco. LE BAL est un lieu alternatif, sécuritaire. Épuré, design noir. Il s’agit de faire un choc avec peu. Les photos bougent. Manifestations. Frontière entre protestation/mouvement social/histoire/art. Association, collaboration, union. Un ordre chronologique est supposé mais on se laisse aller.

Tōmatsu Shōmei,Editor, Takuma Nakahira, Shinjuku, Tokyo, 1964. Credit:© TōmatsuShōmei–INTERFACE/ Collection of The Art Institute of Chicago

Tōmatsu Shōmei,Editor, Takuma Nakahira, Shinjuku, Tokyo, 1964. Credit:© TōmatsuShōmei–INTERFACE/ Collection of The Art Institute of Chicago

S’agit-il de photojournalisme gonzo ? « Les membres du collectif Ogawa Pro vivent parmi les agriculteurs qui tentent à tout prix de sauver leurs terres ». On retrouve ici une époque où l’homme jouait encore sa vie pour les causes défendues. Une bravoure sans égal aujourd’hui. Un ouvrage exposé en deux parties : Contestation et Provoke. L’espace Contestation est sombre, Provoke est blanc, révélation du mouvement artistique que cet ouvrage a mis en lumière, avec grande maestria, en trois volumes.

Le Japon, fruit d’un orientalisme subtil, obéissant et respectueux des hiérarchies ?

Cette exposition est là pour témoigner du contraire, bousculer nos idées reçues et nous enrichir d’images nouvelles. LE BAL dépeint ici le foisonnement de supports à travers lesquels les artistes ont tour à tour donné voix aux opprimés et fait entendre leur propre colère.

Non, les japonais ne sont pas toujours conformistes et rangés. Le Japon des sixties est une terre de lutte, un espace de protestation et d’expression artistique.

CONTESTATION 

Unknown, Protest Surrounding the Construction of Narita Airport, c. 1969 / Collection of The Art Institute of Chicago

Les artistes, par leur approche immersive et empathique, témoignent des soulèvements qui mobilisaient agriculteurs, étudiants, ouvriers.

On découvre tour à tour des paysans, prêts à se sacrifier pour sauver leurs terres, 318 jours d’occupation d’une maison d’édition par ses employés à la suite du licenciement d’un des leurs, des images d’étudiants accompagnés d’ouvriers qui s’unissent pour bloquer des trains…

PERFORMANCE

Installation. crédits: (c)LE BAL_photo Martin Argyroglo

Lorsqu’en Europe les artistes performeurs ont une position individualiste, christique, la performance japonaise des sixties est une affaire de groupe. Les collectifs tels que Zero Jigen se fondent sur l’absence de visage, un collectivisme pur, la notion de dépersonnalisation. A cela vient s’ajouter la dépotentialisation. L’art de performance est souvent vu comme un exploit physique, ici au contraire, tout le monde peut le faire. Il s’agit justement de ne pas être performatif, puissant.

Force de la faiblesse, telle est la valeur exhibée par l’avant-garde japonaise.

Provoke3, cover, 1969 Credit:© Nakahira Takuma/Moriyama Daido/Okada Takahiko/Takanashi Yutaka/Taki KōjiPrivate collection

Les membres de Provoke avaient pour arme leur appareil photo. Leur oeuvre est un manifeste de libération sociale et artistique. L’exposition du BAL, un hymne à la liberté d’expression, à la défense de nos droits.

A voir jusqu’au 11 décembre.

LE BAL, 6 impasse de la Défense, 75018 Paris.

 

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