ROOM WITH A VIEW : REVES ET RAVERS

Parfois, on assiste a des spectacles, dont on se dit qu’on ne sait pas ce qu’on a vu, mais qu’on l’a vécu. Room with a View est sans doute l’un d’eux. Le Théâtre du Châtelet donne carte blanche à Rone pour une création, à laquelle il invite (LA) HORDE (quel nom!) pour signer la mise en scène et chorégraphie du spectacle. Dans une carrière désaffectée, dix-huit ravers se réunissent et dansent sur les airs que compose en live Rone, sur scène également – en partie ceux de son prochain album (sortie prévue pour avril).

Dernière danse avant l’apocalypse

Le public s’installe, au même rythme que les danseurs qui rejoignent Rone qui interprète sa musique sur le haut de la carrière. Des duos se forment, éparpillés sur le haut de cette colline – se caressent et se violentent en même temps. Les ravers profitent, s’affranchissent de la morale, dansent comme si c’était la fin du monde. Et nous n’en sommes pas loin : des traînées de sable s’échappent du ciel, tout une machinerie de lumière et de fumée se met en place, si bien que la carrière elle-même s’effondre et engloutit Rone. A la place : une pluie de poisson (équivalent des grenouilles de Paul Thomas Anderson ?). Dès lors les scènes s’éclatent : les dix-huit danseurs se dispersent sur le plateau, comme s’il n’y avait plus d’unité entre eux, difficile de saisir une vue d’ensemble, si ce n’est les jeux d’échos et de contrepoint qui s’organisent ici et là.

La beauté du nombre

Lorsque Rone réapparaît, le groupe se rassemble et délivre ses plus belles images. Il ne s’agit pas de considérer Rone comme un gourou qui rassemblerait ses fidèles ; mais plutôt de se dire que personne ne doit être délaissé. Spectaculaires, les tableaux collectifs sont construits comme un chœur, réussissent à faire ressortir la singularité de chacun des danseurs – à l’image de leurs costumes, curieusement à la fois disparates et homogènes. Plus fort encore, alors que chaque geste semble improvisé, un autre mouvement nous rappelle que tout ceci est maîtrisé : ralentis, convulsions, décalages… La sensation de roue libre est permanente – « en roue libre » : expression qui n’est pas sans évoquer la plus impressionnante figure du spectacle, où les danseurs forment ce qui pourrait ressembler à des « roulettes de babyfoot ».

Il s’agit un spectacle de pure dépense et de dépense pure, comme pourront en témoigner les torses rouges des ravers à force de percussions corporelles. Manifeste radical et gratuit, violent et doux.

Room with a view, du 5 au 14 mars au théâtre du Châtelet.