Ruy Blas – L’ivresse du vers

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Très souvent étudiée, cette pièce en cinq actes, écrite en vers par Victor Hugo, est pourtant rarement montée. C’est donc avant tout un réel plaisir d’écouter sur scène ce texte de 1838, dans une mise en scène d’Yves Beaunesne. Après un beau succès depuis l’été 2019 à Grignan, Ce Ruy Blas est aujourd’hui présenté au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis jusqu’au 15 mars, Gérard Philippe ayant joué lui-même l’un des rare Ruy Blas que l’on ait connu. C’est ainsi l’occasion pour le metteur en scène de démontrer une fois de plus son talent à dépoussiérer un texte de génie parfois austère, et faire jouer ses comédiens.nnes autant que son public.

Rappelons l’argument : En Espagne, l’ancien Don Salluste veut se venger de la jeune Reine qui l’a exilé du royaume, en faisant passer son valet Ruy Blas pour son noble cousin, Don César que dont Salluste envoie en Afrique. La vengeance de Don Salluste parait parfaite et tout à fait machiavélique, puisqu’il ordonne à Ruy Blas, amoureux de la belle, de la séduire, ce qui provoquera la perte de ces deux jeunes cœurs.

Quand les vers tintent

Cet avant tout un plaisir indicible d’entendre la magie des alexandrins opérer, tant ils arrivent très vite à se faire oublier dans cette mise en scène vivante, joyeuse, où l’on rit de très bon cœur avec ces personnages, toujours avec eux, jamais d’eux. Cela tient évidemment à la réussite de la solide distribution de ce Ruy Blas. Elle mêle avec délice des comédiens aguerris avec la nouvelle garde du théâtre français. Héros romantique par excellence, « vers de terre amoureux d’une étoile » , Ruy Blas est interprété brillamment par François Deblock. Noémie Gantier quant à elle, recrée absolument son personnage de reine-adolescente , avec des émotions exacerbées et un jeu d’une drôlerie qui aurait fait rire ce génie d’Hugo. Avec elle, on atteint une modernité que l’on ne voit pas souvent dans le théâtre français, encore moins dans des pièces aussi classiques. On se doit de mentionner également Jean-Christopher Quenon, Don César, dont l’énergie, la rondeur s’expriment avec beaucoup de joie et de générosité, emportant la salle entière par ses interpellations dans le public.

Cette joyeuse troupe est costumée par Jean-Daniel Vuillermoz. L’intelligence de la mise en scène passe aussi en partie par ces costumes, tantôt chatoyant, imposant, nous rappelant l’Espagne et sa reine, tantôt animal pour faire écho au texte d’Hugo. L’on y voit ainsi dans une scène très forte, Ruy Blas défendre la nation devant les ministres du Roi, habillés d’une classique toge d’un beau velours rouge, mais portant chacun un superbe masque d’animal. Toute la scénographie est précis, les lumières, les interludes musicaux, les chants tziganes et les chœurs, tout est pensé par Beaunesne, pour le plaisir du plus grand nombre, et l’ambiance chaleureuse si particulière au Théâtre Gérard Philippe comble ce vrai plaisir de scène.

Impressionnant de constater qu’après presque deux cents ans de sa création, cette pièce romantique et politique à la fois porte toujours le sceau de la modernité. Faut-il s’en inquiéter ? Non, plutôt se réjouir, se dire que le premier geste de la pièce, la chute de la veste de Ruy Blas nous rappelle les nombreuses vestes tombées ces dernières semaines lors de manifestations contre le projet de réforme des retraites et que cela n’aurait pas déplu à Hugo.

Et débattre ce que la force d’une œuvre d’art peut apporter aux discours d’aujourd’hui. Une vraie réussite !

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