The Thing Quarterly : l’art vit plus fort à San Francisco

The Thing Quarterly : l’art vit plus fort à San Francisco


Cléa Massiani nous présente l’Art à San Francisco, notamment le projet The Thing Quarterly. Originaire du sud de la France, elle y tient désormais une galerie : bassandreiner

San Francisco est ville d’Art, depuis longtemps. Elle accueille la plus ancienne école d’art de la côte ouest, le San Francisco Art Institute, crée en 1871 (de la préhistoire pour les USA), des musées comme le SFMoMA, la Légion D’honneur (sur le schéma de la française), Le de Young, dont l’architecture remarquable est signée Herzog et De Meuron, puis un tas de galeries disséminées dans toute la ville.

Mais un problème se pose aujourd’hui. Dans un San Francisco, plus riche que jamais, paradoxalement la culture y semble parfois « mise de coté ». On s’intéresse ici à la création d’une façon un peu différente : on parle notamment « d’innovation », celle qui va très vite et doit rapporter de l’argent à tout prix. Ce nouveau modèle s’avère parfois inadaptable au monde de l’art.

San Francisco

L’originalité de San Francisco réside dans « l’alternatif ». D’autres centres comme le YBCA, Southern Exposure, the Lab ou Root Division (tous dans la mouvance du non profit) permettent aux artistes d’exposer sans pour autant avoir le but oppressant de la vente. Tous ces espaces, dédiés à la création, sont considérés comme étant à part.

Un autre concept fait également fureur en ce moment ; probablement ce que la ville propose de meilleur: le projet-galerie. Cette expérience implique précarité de l’artiste, précarité du revenu et nécessité de fortifier une communauté, tout en espérant conclure des ventes. Cette construction antinomique s’appuie sur un système basé sur la velléité de toucher ces nouvelles générations citadines, et de les sensibiliser à la conception contemporaine de jeunes artistes émergeants.

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Citons par exemple Et Al (dans les sous sol d’un pressing), Second Floor Project (au deuxième étage d’un appartement), 1038sf (dans une cave), Incline gallery (galerie en succession de pentes), Spare Change (bureau d’un financier), Pied-à-Terre (dans un garage, proche de l’océan), Savernack Street Gallery (ou l’art du peep show, la galerie n’étant visible que de la rue à travers un judas). Le projet-galerie s’inscrit dans une dynamique déjà existante, tout en s’adaptant à un marché rude qui ne laisse pas forcément de place à la petite galerie qui vient de se monter. Mais l’espace est malléable ; il peut être envisagé différemment.

Le projet The Thing Quarterly

The Thing Quaterly reste le parfait exemple d’une réussite longue durée dans ce domaine. Créé en 2007, (faisant à l’époque partie de la résidence d’artiste proposé par SOuthern Exposure, l’une des plus grandes « non profit » d’art contemporain de la ville) the Thing – traduire la Chose/ Le Truc- entre projet et manufacture, est l’idée de Will Rogan et Jonn Herschend. Tous deux artistes, (John a participé à la Whitney Biennale en 2014 et Will est représenté par Altman Siegel, l’une des plus prestigieuses galeries) leur initiative a pour but de trouver le point d’équilibre entre vente, production et authenticité d’une œuvre d’art. The Thing se définit donc comme un périodique sous forme d’objet. Le visiteur/ collectionneur peut aussi souscrire à une inscription annuelle, qui lui coutera environ 300 dollars pour un objet par semestre, ou bien il pourra suivre la création en ligne, ou physiquement dans certaines Art Fairs (LA, NYC…)

The Thing Quarterly

The Thing commissionne des artistes connus, sur le point de le devenir, ou des collaborateurs artistiques et leur demande de créer un objet, un concept, quelque « chose » ; quoi que ce soit, afin de le commercialiser par la suite en édition limitée. Pour ne citer que quelques noms de participants au projet: Gabriel Orozco, Rodarte John Baldessari David Shirgley, James Franco, Trisha Donnelly, Ben Marcus…

Le projet a ainsi débuté sans espace concret. Le deux directeurs organisaient alors des « packing parties » dans des hangars ou des volontaires venaient aider à empaqueter les œuvres. Mais très vite, le projet prenant de l’ampleur, les deux artistes réalisant la nécessité d’un espace physique, The Thing a décidé d’acquérir un lieu permanent.

À présent, ses locaux sont situés dans le Tenderloin et se présentent en galerie – boutique. Ils reçoivent également des évènements indépendants, des performances, ou abritent des œuvres fonctionnant très bien dans l’espace, sans pour autant être liées au projet principal.

Le coup de génie de ce projet reste d’avoir créé un art à la fois intime (les objets pourraient être destinés à un usage quotidien, trouvant place dans la maison), et se développant pourtant à grande échelle (principe de mass production). The Thing s’appui également sur le dualisme d’une production locale, se basant sur une scène / clientèle nationale ; l’espace et les gérants étant là exclusivement pour servir la communauté artistique à SF. Ce système unique et pluraliste leur permet d’être des touche-à-tout, et donc de pouvoir créer et innover perpétuellement. Jonn Herschend & Will Rogan en vidéo : 

Le Marché (alternatif) de l’Art à SF est donc clair : tout le monde est en survie. L’enjeu : engendrer des nouvelles formes adaptées à une nouvelle donne. La ville est en mutation donc l’art aussi. Ce modèle, jadis peu spécifique à la ville, en est devenu l’élément identitaire. On entend parfois « l’art est mort ici »… Mais à l’évidence la création ne s’arrête pas ; au contraire elle se réinvente et persiste car l’argent est bien là.

Alors, nul ne veut plus croire à la mort d’une activité humaine, à présent ancrée jusqu’au fin fond de la ville.

Vous pouvez aussi lire mon article sur San Francisco, ville où je m’étais rendu il y a deux ans. 

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