Viva la Liberta – Cinéma et Politique #01

Viva la Liberta – Cinéma et Politique #01


En ces temps de campagne présidentielle, nous avons décidé de vous concocter, tous les samedis, une critique cinématographique avec pour thème la Politique. Dans la droite ligne de notre rubrique conseils ciné, nous avons fait le choix de vous présenter uniquement les films que nous avons appréciés. Nous faisons le tri rien que pour vous !

Et on commence dès cette semaine avec un film comique Italien Viva La Liberta (2013). Disons-le d’emblée, ce n’est pas un chef d’œuvre du cinéma mais néanmoins, nous l’avons choisi pour trois raisons. De par son caractère assez burlesque, il questionne nos attentes vis-à-vis des hommes politiques, tout en redorant un peu leur blason. Surtout, il ne pourra que vous mettre de bonne humeur.

Ainsi, cette réalisation de Roberto Ando raconte la vie d’un homme politique de centre gauche italien, Enrico dont le parti d’opposition est à la peine à l’approche des élections, une situation qui soit dit en passant, fait presque écho à l’actualité politique française.

Premières scènes, Enrico se rend à un meeting de son parti. Il ne le sent pas celui-là, vraiment. Il prétexte une envie pressante pour consulter une nouvelle fois son niveau dans les sondages. 19%, pas franchement réjouissant… Il y va. Ça se passe mal comme prévu, il se fait héler violemment par une jeune femme qui lui demande de partir, le parti courant à l’implosion. Il finit par s’en sortir assez bien finalement. Mais qu’importe, c’en est trop pour Enrico. Le dernier regard qu’il adresse à son conseiller en sortant du taxi qui le ramène chez lui ne trompe pas. On sent qu’il s’apprête à prendre une décision radicale. Et le lendemain en effet, on le retrouve à Paris chez une ex-petite copine d’enfance. Naturellement, pendant ce temps, panique à bord au siège du parti. Mais où est-il ? Son conseiller Gianni découvre sa lettre indiquant que le député a besoin de solitude. Il choisit de dissimuler son absence et bricole une histoire. Il explique qu’Enrico a des soucis médicaux temporaires et dans le même temps, sollicite tour à tour l’aide de sa femme, et … de son frère, Giovanni. C’est ainsi la pente négative commence peu à peu à se redresser.

Alors que Gianni et Giovanni se retrouvent au restaurant pour essayer de déterminer où Enrico a pu disparaître, un journaliste, prenant Giovanni pour Enrico, profite d’une absence momentanée de Gianni pour interviewer celui qu’il croit être son frère. Il en ressort subjugué par son lyrisme jusque-là insoupçonné. Contemplant la scène, le sang du conseiller ne fait qu’un tour. Il tient là sa solution, Giovanni va jouer Enrico le temps de retrouver son frère. Et tant pis si Giovanni a quelques petits soucis psychiatriques. Le moins qu’on puisse dire, c’est que bien lui en prend. Son entièreté, sa profondeur d’esprit et sa culture littéraire vont se révéler incroyablement efficaces auprès du cœur des Italiens. Il inquiète ses opposants et charme ses alliés. C’est un véritable rouleau-compresseur.

viva la liberta

Pourtant, un soir alors qu’ils sont tous les deux assis dans le bureau du député, Gianni apparait un peu pensif et préoccupé. « Mais qu’y a-t-il Gianni ?» feint de s’interroger Giovanni. « Tu as peur qu’il revienne ?». « Oui. Un homme comme vous, je voterais pour lui… » « Et tu te sens coupable, n’est-ce pas ? »

Et de nous interroger à notre tour, si nous aussi voterions pour Gianni. Car l’homme n’a ni formation ni d’expérience politiques, ne connaît rien en économie, n’a aucun programme politique. Ce n’est pas un expert. Mais il semble bénéficier d’un accès direct au cœur des Italiens. Et d’ailleurs, la politique avec un grand P, n’est-ce pas d’abord une vision plutôt qu’un programme, des idées bien plus que des chiffres, une philosophie plus que des mots ? Ainsi, consentants, on s’enflamme à l’écoute des discours poétiques et puissants du faux Enrico en se disant qu’il n’y a pas de mal à cela puisque Giovanni est un bon gars au fond. On ne peut s’empêcher pourtant de ressentir des relents de culpabilité nous aussi en se disant qu’on est quand même un peu victimes d’une certaine forme de démagogie. Pas celle d’un Hitler évidemment mais tout de même.

Par ailleurs, le film réalise particulièrement bien les parallèles entre les scènes tournées en France et celles tournées en Italie. On y voit un Enrico qui semble bien plus à son aise, loin des passions publiques, et apportant son assistance à son amie française en plein tournage. De l’autre côté, son frère qui le remplace s’adapte parfaitement à son nouveau rôle. Finalement, le récit sonne presque comme si leurs vocations s’étaient imposées à eux sans qu’ils aient eu leur mot à dire.

Original et efficace, Viva La Liberta est un film qui a le mérite de faire rire et réfléchir. A regarder en famille !

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