« Winterreise », l’hiver s’installe dans le berceau 

Le Festival SPOT, dédié aux nouvelles formes de théâtre, présente Winterreise de l’auteur norvégien Fredrik Brattberg et mis en scène de Tommy Milliot.

2 + 1 = 3 ; un couple + 1 bébé = trouble

Déjà, il y a ce lieu étonnant, le Théâtre Paris-Villette. Ancien Pavillon de la Bourse, il a gardé son cachet d’origine avec ses grands murs en vieilles pierres entre lesquels les artistes composent la scénographie.

Puis il y a ce festival SPOT, qui met en avant un nouveau théâtre, de nouvelles générations et des nouvelles formes.

Finalement, cela donne – entre autres – Winterreise. L’argument est simple. Un couple, la trentaine, attend un enfant. Lorsque celui-ci arrive, le bouleversement est total pour les parents. Mélange de joie, de peur, et de trouble, la folie guette ces individus.

Au début de la pièce, la mère dit qu’ils « étaient 2 et maintenant 3 ». Elle ne semble pas comprendre ni pourquoi ni comment cela a pu se produire. La nouvelle vie (celle du bébé) advient par et pour les parents, déjà dépassés.

Ce qui rend la pièce singulière, c’est qu’il n’y a pas de volonté de fiction. Tout est déconstruit et très éloigné du naturalisme. La logique ne se trouve non pas dans l’enchaînement des situations mais dans le cheminement mental des personnages. Comme eux, le spectateur est perdu, s’accroche à des situations qui raisonnent en lui.  Malgré les non-événements et le refus d’effets narratifs, on est emporté par ce couple banal comme nous en avons tous dans notre entourage. Être parents, ça ne va pas de soi.

Variations / Boucles

Les comédiens sont excellents dans ce glissement vers la folie. D’autant plus que le texte n’est volontairement pas riche. Il y a beaucoup de répétitions. Symbols de  l’hésitation, de la fuite, de la peur, elles traduisent la descente vers l’abîme de ces deux personnages.

Le texte n’est pas là pour expliquer la situation mais bien pour décrire un état d’errance des deux parents.

Le plateau est sobre, le sol est composé de planches de bois type Ikea. Dans la 1re scène, le père construit le lit du bébé qui restera durant l’intégralité de la pièce.

La lumière est un accessoire clef du spectacle. Il faut féliciter Sarah Marcotte qui en est aux commandes. En effet, l’éclairage compense le décor minimaliste et crée des atmosphères différentes.

On ne peut que recommander ce spectacle aux amateurs d’expériences nouvelles au théâtre. Tommy Milliot est un metteur en scène à suivre !

Pour découvrir le spectacle, c’est ici !

Et pour découvrir la programmation du Théâtre Paris-Villette, c’est  !

« Winterreise », texte de Fredrik Brattberg, traduit du norvégien par Terje Sinding, mise en scène et scénographie de Tommy Milliot avec Louise Dupuis, Michèle Gurtner et Matthias Hejnar.  Production Man Haast, en coproduction (entre autres) avec le Théâtre Paris-Villette. Jusqu’au 2  octobre.